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Pêche de sauvetage

Publié le 31/07/2026

Position de la FD56 sur le sujet

Sauvetage ou pas sauvetage ?

Face à la situation actuelle, les pêches de sauvetage peuvent apparaitre comme la solution adéquate pour déplacer les poissons d’un milieu fragilisé vers un milieu plus favorable. Si certaines Fédérations font le choix systématique de déplacer des poissons, il nous semble nécessaire de fournir quelques explications sur notre position.

Dans le Morbihan, la situation est particulièrement critique, les milieux souffrent beaucoup avec des températures d’eau élevées, des débits particulièrement faibles et des assecs qui augmentent de semaine en semaine sur tout le réseau hydrographique des têtes de bassin versant du territoire. Sur le court et moyen termes, l’absence de pluies reste le principal problème, et dans cette situation il est nécessaire de rappeler combien l’ombrage sur les cours d’eau et un habitat de qualité permettent une meilleure résilience des populations. Sur le long terme, c’est toute la résilience du milieu qu’il faudra travailler pour éviter ces phénomènes en passant par la reconquête des aspects qualitatif et quantitatif de l’eau (réhabilitation de zones humides, renaturation des cours d’eau, ripisylve adaptée, etc) ainsi que par la gestion raisonnée des activités humaines et de leur impact dans un contexte de dérèglement climatique et d’extinction de la biodiversité dans son ensemble.

Pour les poissons, le stress induit par ces épisodes de chaleur sur les populations piscicoles est élevé et doit être pris en compte dans la mise en place supposée d’une pêche de sauvetage. Ces opérations, bien que bénéfiques dans la théorie, soumettent les espèces à un stress supplémentaire non-négligeable au regard de leur probable survie dans le milieu récepteur. Il faut en effet avoir à l’esprit que le poisson est déjà fortement stressé par les températures, le manque d’oxygène et d’eau et qu’une opération de sauvetage n’est pas sans stress pour les poissons entre les phases de capture, de transport et de déversement dans un nouveau milieu. A cela s’ajoute la contrainte supplémentaire liée au milieu récepteur qui doit être à une température exactement identique pour éviter tout choc thermique létal et qui doit, dans le même temps, garantir de ne pas être à sec lui aussi dans les temps à venir. Cette contrainte est amplifiée par le fait que, pour les cours principaux, le milieu est souvent plus chaud à l’aval que sur la zone de sauvetage et empêche donc un déplacement dans des conditions adaptées pour maximiser le taux de survie.

Selon les espèces, les déplacements peuvent s’avérer encore plus difficiles. Si on prend par exemple le cas de truitelles qui seraient prises sur une zone de radier d’un petit cours d’eau, il va de soi qu’elles ne pourront pas survivre en cas de déversement sur un plus grand cours d’eau en zone profonde car, en absence de toute contrainte liée à la température, il ne s’agit pas de leur milieu de vie. Les chances de survie dans ce cas sont proches de zéro car la contrainte liée à l’habitat n’est pas respectée.

L’aspect sanitaire rentre aussi en ligne de compte par rapport à la diffusion d’éventuelles maladies entre bassins versants de même que l’introduction de nouveaux poissons sur des zones où ils ne sont pas présents par rapport à la population locale, etc. Autant de critères qu’il convient d’appréhender avant toute opération de sauvetage.

Pour les plans d’eau, la tâche est encore plus complexe. Matériellement, la récupération de poissons ne peut se faire que dans le cas d’une vidange (interdite lors des épisodes de sécheresse) et nécessite des eaux basses pour qu’elle puisse être efficace. Or les températures des plans d’eau abaissés et sur lesquels il ne reste plus que de la vase, sont particulièrement élevées et peuvent entrainer des mortalités massives sans qu’aucune intervention n’ait le temps de débuter. Comme pour les cours d’eau, les risques sanitaires sont très importants et les mélanges de population peuvent entrainer des propagations de maladies. Lors de ces opérations de sauvetage/déversement en plan d’eau, les risques et mortalités se situent plusieurs jours après le déversement.

Vous l’aurez compris, la complexe équation « pêche de sauvetage ou pas pêche de sauvetage » ne peut pas être résolue sans un minimum de recul et d’appréciation de chaque situation. Le choix fait par la Fédération du Morbihan est donc d’étudier au cas par cas l’état des milieux avant toute décision hâtive qui ne relève pas d’une urgence absolue ou de travaux régulièrement autorisés par arrêté.

Dans ce contexte, nous appelons tous les pêcheurs à :

- Nous transmettre leurs observations de terrain en nous contactant par téléphone, mail ou par signalement sur notre site internet ainsi qu’en prenant contact avec l’AAPPMA locale. Que cela soit pour un acte de braconnage, un risque de poissons pris au piège, une situation alarmante sur un cours d’eau, etc… Tout signalement est étudié.

- Eviter ou décaler des sorties pêche aux heures les plus critiques pour les poissons et proscrire toute sortie de l’eau du poisson au profit d’un décrochage dans l’eau en cas de graciation. Épuisette vivement recommandée.

Nous tenons également à préciser qu’aucune demande de fermeture de la pêche n’a été sollicitée par la Fédération considérant que les pêcheurs de loisir sont suffisamment responsables dans leur pratique pour déterminer si la pêche peut ou non s’exercer dans de bonnes conditions sans que cela ne leur soit imposé et qu’ils constituent de véritables sentinelles des rivières et plans d’eau dans un contexte où les services de l’État sont trop peu nombreux pour assurer une veille efficace sur les milieux.

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